Ne laissez pas tomber

A la suite d'un coup dur, on m'a mis au Sérax (oxazépam). Ça irait beaucoup mieux; c'est ce que disait mon docteur et évidemment, ça a marché. J'ai traversé tout un enterrement droguée jusqu'aux dents, et pour dire toute la vérité, je planais complètement. Ça a continué comme ça quelques années, au boulot j'ai donné ma démission et j'ai passé un an dans une école pour adultes. Mon économie était foutue, j'ai commencé à avoir de grosses angoisses et un tas de phobies. Je suis restée clouée dans mon fauteuil pendant 5 ans. J'ai pris ma retraite anticipée : mon médecin avait signé des papiers comme quoi je souffrais de phobies chroniques. J'étais casée "psy", je me fît interner pendant 3 semaines. J'avais alors des phobies tellement difficiles que je n'osais pas être seule une seconde. J'implorais de l'aide à notre excellent service psychiatrique pour réduire le Sérax. Comme réponse, on m´a dit que le problème c'était moi et pas les barbituriques. Ils voulaient me mettre à l'exercice en plein milieu de mes crises d'angoisse. Rien n'allait plus, mais j'ai le don de crier et de protester, je me battis pour m'en sortir. Je n'étais, en somme, pas très coopérative, alors ils m'ont jetée de l'H.P. pour que je me débrouille toute seule, ce que je ne fîs pas. Mais j'étais quand même sauve.


J'ai trouvé une assistante sociale et continué à crier et à protester. Ce qui a donné un résultat. Ils m'ont trouvé un psychothérapeute privé, qu'ils ont payé. Pendant tout ce temps j'avais des crises de panique quotidiennes, une terreur permanente et des angoisses de mort. L'époque la plus difficile a duré environ un an.


Mon fils, qui avait alors 18 ans, a été mon soutien le plus fort. Il a offert un an de sa vie pour moi. Je ne pourrai jamais le dédommager, seulement l'aimer. A cette époque-là j'écrivais, entre autres, beaucoup de lettres de lecteur à notre journal local. C'est de cette façon que j'ai connu Unni Torgesen, elle m'a joint. C'est elle, finalement, qui m'a sauvée de l'enfer : elle m'a expliqué ce que je devais faire pour réduire. Cela mît du temps et ne réussit qu'à la 2ème fois. J'étais en contact avec elle tous les jours par téléphone.


Quand l'angoisse était si dure que je rampais par terre, j'avais la voix rassurante d'Unni dans mon oreille. Mais, comme j'ai déjà mentionné, cela mît très longtemps. Le 29 Septembre de cette année, j'aurai été complètement blanche pendant 5 ans. Je n'ai à présent que quelques réminiscences d'abstinence, et il se passe de plus en plus de temps entre chaque fois. L'été dernier, j'ai été soulevée par une grande vague: j'ai été à Paris. Je ne peux pas décrire mon émotion quand je me suis retrouvée assise toute seule dans un taxi à Paris. Je pouvais à peine croire que c'était moi. J'étais comme un oisillon dans le ciel. Je suis en vie et je ne pourrai jamais assez remercier Unno. C'est grâce à elle si je suis assise ici en train d'écrire. C'est grâce à elle si je vais en vélo à la poste, à la banque, au supermarché, vais seule en ville. Je veux la remercier ici dans ce journal et je souhaite que tous ceux qui arrêtent les comprimés soient en contact avec quelqu'un comme Unni.

Je vous dis aussi de ne pas laisser tomber, le salut existe quand on est au plus profond de la nuit, ça vaux le coup de lutter.
Merci Unni pour ma vie.

Inge Borg

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